Abrupte fable
EAN13
9782850350740
ISBN
978-2-85035-074-0
Éditeur
L'atelier contemporain
Date de publication
Nombre de pages
256
Dimensions
22,1 x 14,3 x 1,8 cm
Poids
428 g
Langue
français
Fiches UNIMARC
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Abrupte fable

L'atelier contemporain

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Du surréalisme sous l’occupation allemande à l’aventure expérimentale de Cobra initiée en 1948, Christian Dotremont a traversé son temps en poète qui s’émerveille et s’inquiète à chaque fois du mystère consistant à « aller et venir ainsi dans la réalité ». Ses incessantes allées et venues, dont témoigne l’anthologie Ancienne éternité qu’il avait ébauchée sans pouvoir l’achever, le menèrent de Tervuren en Belgique, où il est né, à Zandvoort et à Bruxelles, à Paris et à Copenhague, jusqu’aux confins de la Finlande, dans les villages reculés d’Inari, d’Ivalo, de Sevettijärvi.
Au sortir des pensionnats jésuites où il avait reçu son éducation, qui avaient été pour lui des bagnes, il se mit à écrire des vers inspirés par la poésie d’André Breton et de Paul Éluard. Mais surtout, il vouait une admiration fervente à Arthur Rimbaud, dont les poèmes l’accompagneront toujours, même si l’« ancienne éternité » qu’il invoque tient plus d’une éternité perdue que d’une éternité retrouvée. Dans un de ses premiers poèmes, il s’adressait d’ailleurs à tous les poètes de seize ans qui vivent et écrivent dans l’obscurité : « La poésie est votre forêt, votre chaumière, votre capitale. » La poésie fut en effet, pour Christian Dotremont, tout au long de sa trajectoire, un lieu où à la fois on se perd et on se retrouve ; un lieu par-delà les oppositions entre étrange au familier, vie et mort, visible et invisible, présence et absence. Ce sont des figures féminines entrevues dans ses rêveries qui l’initièrent d’abord à ces paradoxes, telle Oleossoonne, son « soleil d’obscurité », ou la Reine des murs, personnage qu’il invente pour revoir « le petit peu d’invisible qui reste » de son amour incandescent pour la poétesse Régine Raufast.
Après la guerre, une rupture a lieu cependant avec le surréalisme moribond. Sa volonté d’explorer les étendues du rêve se double d’une volonté d’explorer les territoires de la réalité. La découverte des contrées lapones, qui apparaissent sous sa plume aussi envoûtantes qu’hostiles, est alors déterminante. Il éprouve là-bas « la peur salvatrice de heurter du réel » ; à force de froid mordant, de neiges aveuglantes, de nuits qui durent des mois, « à force de tant de réel et de route », il en vient à une lucidité nouvelle qui ébranle ses anciens repères. Les grandes étendues qu’il contemple brouillent peu à peu la frontière entre le lisible et l’illisible, ce dont il cherche à témoigner dans ses logogrammes, à la croisée de l’écriture et du dessin, comme dans ses poèmes à thèses, disloqués, qu’il détraque moins pour défigurer ses expériences que pour rendre à son évidence énigmatique ce à quoi elles se heurtent. Sur un autre mode, certains fragments de prose poétique racontent aussi les tourments et les émerveillements de ses voyages, en mêlant notations quotidiennes et étincelles d’inconnu.
Au contraire de Rimbaud, qui s’était aventuré toujours plus au sud, jusqu’en Abyssinie, Dotremont s’engage quant à lui toujours plus au nord, jusque dans les climats glacés de Laponie. Il fait preuve cependant d’une volonté semblable à celle du poète revenu des enfers, volonté d’affronter et d’étreindre la « réalité rugueuse ». Apprenant à affronter et à aimer l’hiver absolu, il accumule brouillons, poèmes, dessins, pour approcher l’énigme illisible des étendues blanches, et tenter « de faire un peu de feu pour quelques autres ».
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