Ancienne éternité, & autres textes
EAN13
9782877042246
ISBN
978-2-87704-224-6
Éditeur
"Éditions Unes"
Date de publication
Nombre de pages
64
Dimensions
21 x 15 x 0 cm
Poids
140 g
Langue
français
Fiches UNIMARC
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Ancienne éternité

& autres textes

"Éditions Unes"

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Parlez-moi d’elle. – je la confonds toujours avec elle-même. – dans mes souvenirs, je la fais habiter une petite maison abandonnée – avec des fenêtres sales. – elle était tout en joues et moi j’étais tout en lèvres. – nous étions bien faits pour nous entendre car quatre lèvres soudées ne laissent passer que le monde – (les gestes parlent.) – et c’est déjà bien. – elle a un visage perdu d’avance. – à la place de la bouche, elle a un sourire noir. – noir ? – oui, une joie en peine, je ne sais pas. – son corps n’est pas fait pour exister. – il meurt de vie. – j’avais fabriqué des tas de filles ; – elle fut toutes. – elle fut elle. – elle fut nous. – je ne savais pas où l’embrasser. – je l’ai embrassée partout, jusque dans les villages ; – je mettais des baisers sur le soleil. – elle était tout, – même ce qui est bon. – parlez-moi d’elle.


Cette édition rassemble sept ensembles de poèmes de Christian Dotremont, d’Ancienne éternité, texte éblouissant écrit en 1940 à seulement 17 ans et qui le fera intégrer immédiatement les groupes surréalistes belges puis français, jusqu’à Les trois forêts, écrit au sanatorium d’Eupen en 1953 où il soignait sa tuberculose. Ces poèmes, la plupart écrit sous la forme « dialogique » si particulière à Dotremont, dans laquelle questions et réponses se confondent, filent dans une oralité joyeuse, où l’évocation féminine est une amulette et l’amour une magie. Prestidigitateur du langage, Dotremont suit à la fois une silhouette qui s’échappe et le fil de ses pensées, par-delà les villages, par delà les forêts bavardes, au coin d’une rue floue : réinvoquant d’une main ce qui a disparu sous l’autre, échafaudant sur un fil des associations d’idées fulgurantes, sans jamais tomber. Des hommes brisés qui se recollent, des vêtements empruntés au bonheur, des enfances attachées aux réverbères, des rafales de vies, des fleurs de cimetière ; un ensemble de mots de passe pour ouvrir le présent, de combinaisons pour ouvrir le coffre des choses perdues. Christian Dotremont prend la « mort légère et tiède » dans sa main, et lui raconte des histoires, des histoires infinies à la poursuite du bonheur, dresse entre elle et lui des illusions de poèmes, des jeux aériens, des incendies sous la neige. Il détourne son attention au fil de dialogues où il parle à son ombre, répond à ses propres questions, change de masque entre rire et grimace, comme les grands magiciens savent détourner notre regard vers l’invisible, avant de « s’écrouler sous les applaudissements de la vie ».
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