• 5 mai 2022

    enquête, Inde

    L’action et les enquêtes se déroulent à Calcutta en 1919. Au sortir de la Grande Guerre, Sam Wyndham, jeune veuf et nouvellement promu capitaine décide de partir dans la colonie anglaise du Bengale.

    En bon limier, il fera tout pour trouver le coupable du meurtre d’un britannique sauvagement assassiné dans une rue sombre d’un quartier indien, pas loin d’un bordel.

    Disons-le tout de suite, je n’ai pas aimé le style plat. L’intérêt de cette lecture réside ailleurs.

    J’ai aimé les personnages secondaires haut en couleurs : la matrone de la pension dans laquelle loge Sam ; le supérieur flegmatique de Sam qui ne dit mot mais perce tout à jour ; le révolutionnaire indien non-violent que l’on accuse de tout.

    J’ai découvert, avec le personnage d’Annie que les métis ne trouvaient leur place nulle part dans ce pays où règne une certaine ségrégation.

    J’ai été attentive à tous les détails, me doutant que le capitaine partirait sur une fausse piste. Mais, comme dans un roman d’Agatha Christie, je n’avais pas trouvé le coupable.

    J’ai aimé l’éclairage de l’auteur sur ce pays sous domination britannique.

    J’ai découvert la loi Rowlatt qui prolongeait indéfiniment les mesures d’urgence de détention préventive indéfinie, incarcération sans procès et contrôle judiciaire.

    Bref, un roman riche et passionnant dans lequel la fameuse attaque du train cache un secret d’état.

    Quelques citations :

    L’opium n’est vraiment illégal que pour les travailleurs birmans. Même les Indiens peuvent s’en procurer. Quant aux Chinois, eh bien nous pourrions difficilement le leur interdire, attendu que nous avons mené deux guerres contre leurs empereurs pour avoir le droit de répandre ce maudit truc dans leur pays. Et nous l’avons bel et bien fait. Au point que nous avons réussi à faire des drogués d’un quart de la population mâle. Si on y réfléchit, cela fait probablement de la reine Victoria le plus grand trafiquant de drogue de l’Histoire. (p.74)

    (A propos de Georges V) : J’ai toujours été frappé par sa ressemblance avec l’empereur Guillaume. (…) Intervertissez les uniformes et je doute que quiconque les distingue. Même pour des cousins, la ressemblance est troublante. C’est triste que tant d’êtres humains aient dû mourir pour ce qui n’était essentiellement qu’une chamaillerie familiale. (p.99)

    L’image que je retiendrai :

    Celle du personnage de Sen, le terroriste que tout le monde recherche car il est accusé du meurtre. Mais les services de renseignements n’avaient jamais perdus sa trace.


  • 12 janvier 2021

    Ancien de Scotland Yard et tout juste débarqué à Calcutta, le capitaine Sam Wyndham ne tarde pas à se retrouver en charge d'une enquête plus que délicate. La victime retrouvée à la sortie d'une maison close n'est autre qu'un des hommes les plus puissants du Bengale en ce début de siècle. Sur son corps un message : "le sang anglais coulera dans les rues. Quittez l'Inde."
    Aidé du sergent Banerjee, Wyndham se démène dans un pays en proie aux luttes indépendantistes et où la corruption gangrène chaque institution.


  • 1 décembre 2020

    Quand il arrive à Calcutta en avril 1919, le capitaine Sam Wyndham, vétéran de la Grande-Guerre, veuf inconsolable et accroc à l’opium, n’a pas le temps de s’habituer à la chaleur étouffante de la capitale du Bengale. Très vite, il est plongé dans le bain de ses nouvelles fonctions d’enquêteur de la police du Raj. Un de ses compatriotes, haut fonctionnaire, proche du Vice-gouverneur, a été sauvagement assassiné dans un quartier mal famé, tout à côté d’un bordel. Le meurtre fait frémir en haut lieu et le policier doit trouver un coupable dans les plus brefs délais. Secondé par l’inspecteur Didby, expatrié pur jus, raciste et condescendant et l’agent Banerjee, indien à la mode british, éduqué, brillant, oxfordien, Sam s’attelle à la tâche avec la conscience professionnelle acquise à Scotland Yard et sa méconnaissance des mœurs de la colonie britannique. Car là-bas, un coupable n’est pas forcément LE coupable. Quand on lui livre sur un plateau, un dissident, combattant de l’indépendance de l’Inde, Sam est circonspect et décide de continuer l’enquête envers et contre tous.

    Gros coup de cœur pour ce polar qui nous emmène à Calcutta, moite, grouillante, étouffante ville du Bengale, fleuron de l’Empire colonial britannique. Dans le rôle du candide, Sam Wyndham découvre l’Inde, son climat, son racisme ordinaire, ses inégalités et la colère sourde d’un peuple qui aspire à l’indépendance. Dans le rôle du colon, son adjoint Didby, arrogant comme celui qui ne doute pas de sa supériorité sur des indiens ignorants, mal dégrossis, indolents, inférieurs en tous points aux blancs. Et dans le rôle du bon indien, Banerjee, éduqué, obéissant, fidèle au Raj, mais moins lisse qu’il n’y paraît quant à ses convictions et objectifs. À charge pour ce trio de débusquer celui qui a osé assassiner un sahib.
    Si l’enquête reste classique, le livre est surtout un fabuleux polar historique qui raconte les velléités d’indépendance des indiens, les lois iniques que leur imposent les anglais, les massacres qui en résultent et un empire colonial qui entame sa lente déliquescence, gangréné par la corruption et trop sûr de sa supériorité pour s’inquiéter ou se réformer.
    S’ajoute à ce passionnant contexte historique, un enquêteur à multiples facettes. Mélange réjouissant de naïveté et de cynisme, Sam Wyndham, à l’humour pince-sans-rire, s’accommode tant bien que mal d’un climat très différent de la bruine londonienne, de la nourriture épicée, d’un système de classe dont il ignore tout, sans oublier les fumeries d’opium qu’il apprécie à leur juste valeur. Imperméable au racisme et à la soi-disant supériorité des colons, saura-t-il se faire une place, et surtout la garder, dans la police du Raj ? À suivre avec bonheur dans ses prochaines enquêtes.


  • 14 novembre 2020

    Calcutta, 1919, Alexandre MacAuley, haut fonctionnaire anglais est retrouvé assassiné dans une rue pauvre, sous les fenêtres d’un bordel, avec dans la bouche un papier froissé qui invite, bien « gentiment » les colonisateurs à foutre le camp de l’Inde sous peine de… Un joli cadeau de bienvenue pour le capitaine Wyndham, écossais, veuf, ancien de Scotland Yard, qui devra mener l’enquête en compagnie de l’inspecteur adjoint Digby et de Sat, jeune Brahmane instruit. Enquête à tiroir sur fond de manipulations, de projets terroristes d’indépendantistes acharnés, ce livre est également intéressant sur les relations entre colonisateurs et indigents, sur ce souhait de maintenir la population sous l’éteignoir afin de profiter encore et encore des richesses du pays. Dans la moiteur de la ville, Wyndham va découvrir ce double-jeu, en devenir parfois victime, et peu à peu se rapprocher de Sat tout en surveillant l’ambivalent Digby. C’est absolument passionnant avec cette petite touche d’humour british, ces clins d’œil appuyés à l’Ecosse, cette description de Calcutta sous emprise britannique. Abir Mukherjee, élevé en Ecosse mais d’origine Bengali, promet d’autres aventures, et cela constitue une excellente nouvelle.
    In "Le Bruit qui court" - décembre 2019